Dimanche 8 février 2009 7 08 /02 /Fév /2009 19:01

Ratjo et son départ…

 

    Ratjo se leva brusquement de son lit sur lequel il était assis. J’entendis « Colchester… go Colchester… » D’un geste de la main, il m’indiqua qu’il partait à l’instant même à une autre localité située à l’Est de Londres. Sa décision était prise ; décision brusque mais prise tout de même. Moi, assis en face de lui les yeux plongés dans mon écran d’ordinateur, je ne m’étais rendu compte de rien. Ou du moins je faisais semblant de pas voir sa préoccupation, ses angoisses pré-décisionnelles. Pourquoi les verrai-je si j’en ai aussi…ici, tout le monde en a des angoisses. C’est comme ce matin lorsqu’on revenait du centre commercial du quartier, Ratjo me demanda de lui prêter ₤.20 alors que moi-même je n’avais que ₤5.67 dans ma poche. Cependant j’étais plus tranquille que lui.

 

     Moi je suis tjrs tranquille de toute façon ; et tjrs positif aussi. Je me rappelle lorsque j’atterrissais à l’aéroport londonien de Stanstead il y’a de cela 17 jrs en provenance de ma ville d’adoption Valencia. Je n’avais que ₤.210 dans ma poche ; de quoi payer juste une semaine de logement. J’avais déjà payé 100€ à Valencia pour le surpoids et j’allais payer ₤.35 à l’agent pour être venu me chercher à l’aéroport en voiture parce que c’était ma première visite à Londres et  je n’avais aucune idée de cette ville et des gens qui y vivaient. Il fallait donc une bonne introduction. Eviter de tourner en rond sans savoir où aller et sans pouvoir demander des infos aux gens car mon niveau d’anglais était vraiment au bas de l’échelle ou du moins c’est ce que je pensais. C’est donc pour ça que je suis passé par une agence pour mon logement à Londres. Ainsi donc j’étais arrivé à destination et après la signature de contrat d’une semaine, l’agent m’amenait à mon logement ; je dirai plutôt à mon dortoir avec seulement ₤.20 qui me restaient, argent que j’ai dû négocier d’ailleurs avec l’agent en lui promettant de lui compléter dés le lundi. Avec quoi ? je ne savais pas encore. Mais il fallait le rassurer en lui donnant une date si brève. On était mercredi 14 janvier  et je venais rester à Londres pour 6 mois sans aucun sou, sans travail, sans adresse, sans rien quoi…mais tranquille !

 

     Ainsi donc Ratjo était prêt à partir. Et moi j’allais l’aider à transporter ses bagages jusqu’au métro qui devait l’amener à Victoria Station où il prendrait l’autobus pour la campagne de Colchester. Comme lui aussi avait aidé Josepe deux jours avant jusqu’au même métro sauf que Josepe partait lui, a Sardaigne en Italie d’où il était originaire.

     Josepe était le troisième compagnon de chambre. Chacun de nous payait un loyer exorbitant pour vivre entassé comme dans une boîte de conserve. Nous vivons à 11 dans cette petite maison de Walthamstow qui avait à peine 120m2 mais qui comptait curieusement jusqu’à 5 chambres. Deux chambres au rez-de-chaussée et 3 autres à l’étage supérieur. Je n’ai pas besoin de vous préciser qu’il fallait faire la queue et pour aller dans la salle de bain, et pour passer à la cuisine.

Je reviendrai plus tard sur Josepe, mon éphémère ami et complice qui fût le premier dont le départ m’a affecté. Vous comprendrez plus tard la raison.


     Ratjo aussi fût un compagnon éclair. Mais avec lui j’ai eu comme l’impression d’avoir passé de longs mois… à cause de sa lourdeur pour chaque chose et de son insistance à continuer sur sa lancée malgré qu’on lui fasse des reproches. En espagnol, je l’appellerai « cara dura » qui veut dire têtu ! Mais le pauvre ne le faisait pas à dessein. Ratjo connaît encore très peu de chose dans sa 35ème année. Ce géant Slovaque avec un corps d’athlète semble s’être endormie durant toute sa vie et se réveiller soudainement à Londres. Prenez-moi au mot car la passion de Ratjo c’est la vodka, le tabac et le sommeil.  A la vue d’une bouteille de vodka, on le voyait jubiler comme un enfant de 6 ans dans un magasin de jouet. Mais après tout, les seuls moments insupportables qu’il me faisait passer c’était lorsqu’il dormait. Je n’avais jamais entendu quelqu’un ronfler comme Ratjo le faisait. Tout comme c’était aussi ma première fois de voir quelqu’un interrompre son sommeil plusieurs fois dans la nuit juste pour se griller une clope ou encore interrompre le repas pour la même raison. C’était des moments insupportables pour moi d’autant qu’on partageait lui et moi une litière et je dormais dans le lit supérieur. Alors mes nuits étaient remplies de bruits de ronflements, d’odeurs fortes de mélange de vodka-lemon-tabac et de fumée de cigarettes qui m’arrivaient droit dans les narines. Mais je n’en voulais pas du tout à ce pauvre homme. Bien au contraire. Je ressentais de la sympathie doublée de la compassion pour lui malgré son insistance à fumer en pleine nuit alors que je lui avais fais savoir mon désaccord dès les premiers jours. Depuis le début, j’avais vite compris que Ratjo sera Ratjo….le slovaque qui se douche une fois par semaine, qui ne mange presque pas, qui ne parle pas, qui boit de la vodka, qui fume, qui ronfle en dormant et qui passe toute la journée à regarder le même film adapté de l’ancien testament plusieurs fois par jour…en version slovaque bien évidemment ! Je l’avais donc adopté !

     Après 8 mois de vie à Londres, Ratjo était encore incapable de dire une seule phrase en anglais même en lui accordant les erreurs grammaticales.  Son vocabulaire était resté aussi vide que son porte-monnaie. Donc du coup avec Ratjo, on communiquait tantôt par intuition, tantôt par devinette, ou encore par geste pour appuyer les mots. Lui ne cessait de dire lorsqu’on était tous les trois réunis dans le dortoir : « Italian, Spanish, Slovaque… good ! » et Josepe et moi on riait entre deux bouffées de marijuana.

     J’étais un peu content de sa décision de partir. Content pour lui, mais aussi pour moi. Ça faisait une semaine déjà que Ratjo n’avait plus d’argent. Josepe et moi étions devenus ses parents adoptifs. On lui donnait à manger, à fumer et même à boire sa nourriture préférée… et lorsque Josepe est parti j’étais désormais seul à couvrir ses besoins ; moi qui n’avais plus rien dans ma poche ! Prendre Ratjo en charge ne me dérangeait guère. Du moins pour ses besoins alimentaires. Pour les vices, qu’il se débrouille désormais ; c’est ce que je m’étais résolu à prendre comme décision. Ratjo me faisait pitié ; surtout ce dernier jour où il me demandât ₤.20 pour aller à Colchester. Je l’avais accompagné à ce centre commercial où un ami Slovaque devait lui remettre ₤.20 mais ce mec l’avait planqué. Après 45mn d’attente, on était rentré bredouille. Il ne lui restait que 40 livres. 15 pour le transport, 30 pour une semaine de location d’une caravane à Colchester pour dormir…et 20 pour payer sa dette du dortoir avant de partir. Ça ne faisait pas le compte. Il était déficitaire de 25 livres. Je comprenais alors sa décision soudaine de partir. De bonne volonté, il voulait régler cette dette du dortoir avant de partir mais son ami slovaque ne lui avait pas laissé le choix en ne respectant pas le rendez-vous. Il fallait donc qu’il parte… et le plus tôt serait le mieux pour lui. Tout de suite, il y’a eu cette complicité entre nous sans même qu’on en parle, j’avais compris le pourquoi de sa décision rapide. Même s’il lui manquerait 5livres pour la caravane et qu’il n’aurait ni de vodka à manger ni de tabac à rouler, au moins il était sûr de travailler dès son arrivée à Colchester. Du moins c’était son espoir. La renaissance de l’espérance !


     A la bouche du métro de Walthamstow Central qui allait l’amener à Victoria Station pour son autobus, la séparation fût brève mais reste encore un moment intense dans mon esprit. Un poignet de main très fort, puis j’entrevoyais de fines larmes dans les yeux du pauvre Ratjo. A croire qu’il s’était beaucoup attaché à moi en deux semaines de vie, ensemble. Peut être que je le reverrai un jour, peut être pas. Je lui souhaite beaucoup de chance et surtout de courage.

Josepe, my italian friend! (à lire très prochainement!)

Par polyroly - Publié dans : journal de bord
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Articles récents

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus